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Archétypes, Jung, MBTI/Golden : outils de connaissance de soi

by: 7 juin 2026 0 Comments

Se connaître est une aspiration ancienne. Comprendre pourquoi je réagis ainsi. Pourquoi certaines situations me nourrissent et d’autres m’épuisent. Pourquoi je répète certains scénarios. Pourquoi je suis attiré par certains rôles. Pourquoi je me sens parfois étranger à moi-même.

Pour explorer ces questions, les humains ont toujours fabriqué des cartes : mythes, tempéraments, caractères, types psychologiques, profils, archétypes, modèles de personnalité.

Ces cartes peuvent être utiles. Elles donnent des mots. Elles créent du recul. Elles permettent de comparer des fonctionnements. Elles aident parfois à sortir de la culpabilité : “Je ne suis pas cassé, j’ai un mode de fonctionnement identifiable.”

Mais elles peuvent aussi devenir des prisons. “Je suis comme ça.” “Je suis INTP donc…” “Je suis fait pour…” “Je ne peux pas…” “Mon archétype est…” Dès qu’une carte devient une identité fermée, elle cesse d’aider.

L’enjeu est donc simple : utiliser Jung, les archétypes, le MBTI ou Golden comme supports d’exploration, jamais comme vérités définitives.

Jung : inconscient, individuation et symboles

Carl Gustav Jung a marqué l’histoire de la psychologie par plusieurs notions : inconscient collectif, archétypes, persona, ombre, anima/animus, Soi, individuation, types psychologiques.

Dans sa perspective, la connaissance de soi ne consiste pas seulement à décrire ses traits conscients. Elle implique de rencontrer ce qui est moins visible : contradictions, projections, images intérieures, rêves, symboles, parts refoulées, potentiels non développés.

L’International Association for Analytical Psychology résume le volume 9.1 des œuvres de Jung en indiquant que les archétypes se manifestent dans des images archaïques présentes dans les rêves, les mythes, les religions et les contes. Ces motifs ne sont pas des contenus figés, mais des formes récurrentes qui organisent certaines expériences humaines : la mère, l’enfant, l’ombre, le héros, le vieux sage, la transformation, la quête.

Même si l’on ne prend pas toute la théorie jungienne comme un modèle scientifique au sens expérimental moderne, elle reste une grande boîte à outils symbolique. Elle aide à penser l’humain comme récit, conflit, transformation et relation entre conscient et inconscient.

Les archétypes : images vivantes, pas étiquettes

Un archétype n’est pas un personnage que l’on serait une fois pour toutes. C’est plutôt un motif psychique, une forme d’expérience qui peut s’activer.

L’ombre, par exemple, ne désigne pas “le mal en soi”. Elle peut représenter ce que l’on ne veut pas voir de soi : agressivité, jalousie, puissance, vulnérabilité, besoin, ambition, tristesse, désir de liberté. Parfois l’ombre contient des ressources positives que la personne a appris à réprimer.

La persona désigne le masque social, la manière dont on se présente au monde. Elle est nécessaire. Sans persona, la vie sociale serait difficile. Mais si l’on s’identifie totalement à son rôle, on peut perdre le contact avec ce qui vit derrière.

Le héros peut porter l’élan de dépassement, mais aussi le piège de devoir toujours réussir seul. L’enfant peut représenter la vulnérabilité, le jeu, la spontanéité, mais aussi une part blessée qui attend reconnaissance. Le vieux sage peut symboliser discernement et guidance, mais aussi rigidité si l’on s’y accroche.

Ces images sont utiles lorsqu’elles ouvrent des questions :

  • Quelle part de moi prend toute la place en ce moment ?
  • Quelle part est exilée ?
  • Quel rôle social me protège mais m’étouffe ?
  • Quelle énergie refoulée pourrait devenir constructive ?
  • Quel scénario intérieur se répète ?

Un archétype devient dangereux lorsqu’il devient une étiquette mystique. Il devient thérapeutique lorsqu’il aide à rencontrer une dynamique intérieure.

Les types psychologiques de Jung

Jung a aussi proposé une théorie des types psychologiques, notamment autour de l’extraversion, de l’introversion et de fonctions comme pensée, sentiment, sensation et intuition.

L’idée générale est que chacun développe des préférences de fonctionnement. Certaines manières de percevoir, décider, s’orienter ou entrer en relation deviennent plus naturelles. D’autres restent moins différenciées, plus inconfortables, parfois projetées sur autrui.

Cette intuition est cliniquement intéressante. On observe bien que certaines personnes entrent dans le monde par l’analyse, d’autres par le lien, d’autres par la sensation concrète, d’autres par l’intuition globale. Certaines cherchent structure et décision, d’autres exploration et ouverture.

Mais il faut distinguer Jung des tests modernes qui s’en réclament. Le MBTI n’est pas Jung. Golden n’est pas Jung. Ce sont des instruments typologiques inspirés en partie de cette tradition, avec leurs propres constructions, usages, qualités et limites.

MBTI : outil de langage, pas diagnostic

Le MBTI, Myers-Briggs Type Indicator, est l’un des outils typologiques les plus connus. La page NCBI Bookshelf consacrée au MBTI rappelle qu’il a été développé par Isabel Myers à partir des théories de Jung et qu’il organise les préférences autour de quatre axes : extraversion/introversion, sensation/intuition, pensée/sentiment, jugement/perception.

Son intérêt pratique est évident : il donne un vocabulaire simple pour parler de différences de fonctionnement. Dans une équipe, un couple ou un accompagnement, il peut aider à formuler des préférences : besoin de solitude, goût du concret, recherche de logique, importance de l’harmonie, besoin de structure ou d’ouverture.

Mais le MBTI doit être utilisé prudemment.

McCrae et Costa, dans un article de 1989 publié dans Journal of Personality, ont réinterprété le MBTI depuis le modèle des cinq facteurs de personnalité. Leur résumé PubMed indique qu’ils ne trouvent pas de soutien à l’idée que le MBTI mesure de véritables préférences dichotomiques ou des types qualitativement distincts. Ils suggèrent plutôt que l’instrument mesure quatre dimensions relativement indépendantes, liées à certains facteurs du modèle Big Five.

David Pittenger, dans un article intitulé “Cautionary comments regarding the Myers-Briggs Type Indicator”, invite également à la prudence concernant certaines interprétations et usages du MBTI.

Conclusion pratique : le MBTI peut aider à discuter de préférences. Il ne doit pas être utilisé pour enfermer une personne, prédire son destin, sélectionner rigidement un métier, poser un diagnostic ou justifier une limitation.

Golden : une typologie plus détaillée, même prudence

Le Golden Personality Profiler se présente comme un outil mesurant type, traits, tempérament et réponse au stress. La page officielle de Golden LLC indique 5 échelles globales, 40 facettes, et des applications en développement personnel, coaching, carrière, équipes, leadership et gestion du stress.

Golden a un intérêt particulier : il tente de combiner logique typologique et facettes plus fines. Il ajoute notamment une dimension liée au stress, ce qui peut être utile en accompagnement pour distinguer fonctionnement habituel et fonctionnement sous tension.

Mais la prudence reste la même.

Un profil Golden peut servir de miroir. Il peut aider à formuler : “Quand je suis sous stress, je deviens plus tendu, plus contrôlant, plus hésitant, plus rigide.” Il peut donner du langage pour parler de besoins, de préférences, de zones de friction.

Il ne remplace pas une évaluation clinique. Il ne dit pas qui vous êtes pour toujours. Il ne doit pas être utilisé comme verdict.

Pourquoi les typologies séduisent autant

Les typologies répondent à plusieurs besoins humains.

Besoin de cohérence : elles relient des comportements dispersés dans une histoire plus lisible.

Besoin d’appartenance : découvrir que d’autres fonctionnent de manière proche peut soulager.

Besoin de distinction : elles permettent de dire “voilà ce qui me caractérise”.

Besoin de prédiction : elles donnent l’impression de mieux anticiper réactions, relations, métiers, conflits.

Besoin de récit : elles transforment le chaos intérieur en carte.

Ces besoins sont légitimes. Le danger apparaît lorsque le besoin de certitude prend le dessus sur la complexité du vivant.

Une personne n’est jamais seulement un type. Elle est une histoire, un corps, une culture, une époque, des attachements, des blessures, des compétences, des valeurs, des stratégies, des contextes, des états physiologiques.

L’effet Barnum et le risque d’identification

L’un des pièges des profils de personnalité est l’effet Barnum : reconnaître comme très personnelle une description suffisamment générale pour convenir à beaucoup de monde.

Exemple : “Vous avez besoin d’être reconnu, mais vous aimez garder une part d’indépendance.” Beaucoup de personnes peuvent s’y retrouver.

Autre risque : l’identification. La personne ne dit plus “j’ai tendance à fonctionner ainsi”, mais “je suis cela”. La nuance disparaît.

Cette identification peut produire des bénéfices rapides : soulagement, sentiment de compréhension, appartenance. Mais elle peut aussi réduire la liberté : “Je suis introverti donc je ne peux pas prendre la parole”, “Je suis intuitif donc je suis mauvais dans le concret”, “Je suis penseur donc les émotions ne sont pas mon sujet.”

Un bon usage des typologies transforme les étiquettes en hypothèses.

Une carte utile pose de meilleures questions

Pour utiliser MBTI, Golden ou d’autres typologies de façon saine, on peut remplacer les affirmations par des questions.

Au lieu de : “Je suis introverti.”

Demander : “Comment je recharge mon énergie ? Dans quels contextes la relation me nourrit-elle ou m’épuise-t-elle ?”

Au lieu de : “Je suis intuitif.”

Demander : “Est-ce que je vais trop vite vers les modèles globaux ? Qu’est-ce que je gagne à revenir aux faits ?”

Au lieu de : “Je suis pensée plutôt que sentiment.”

Demander : “Comment je décide ? Quelle place je donne à la logique, aux valeurs, à l’impact humain ?”

Au lieu de : “Je suis jugement ou perception.”

Demander : “De combien de structure ai-je besoin ? À quel moment la flexibilité devient-elle dispersion ? À quel moment la structure devient-elle rigidité ?”

La connaissance de soi progresse moins par cases que par distinctions fines.

Archétypes et typologies en hypnose

En hypnose, ces modèles peuvent devenir des supports d’exploration.

Un profil typologique peut révéler une préférence consciente. L’imaginaire peut ensuite montrer ce qui manque, ce qui compense, ce qui se défend.

Une personne très identifiée à la maîtrise peut rencontrer, dans une métaphore, une part plus joueuse ou plus vulnérable. Une personne très tournée vers les autres peut explorer une frontière symbolique. Une personne très mentale peut retrouver un accès au corps. Une personne très adaptable peut découvrir le besoin d’un axe.

Les archétypes peuvent aussi servir de langage symbolique.

Travailler avec l’ombre peut signifier rencontrer une colère refoulée pour en faire une énergie de limite. Travailler avec la persona peut aider à différencier rôle professionnel et identité intime. Travailler avec l’enfant intérieur peut permettre de reconnaître un besoin ancien sans laisser ce besoin conduire toute la vie adulte.

Tout cela demande une règle simple : l’expérience de la personne prime sur le modèle.

Connaissance de soi et transformation

Se connaître ne consiste pas à produire une fiche descriptive parfaite. C’est apprendre à se reconnaître en situation.

Comment je fonctionne quand je vais bien ?

Comment je change sous stress ?

Quelle stratégie me protège ?

Quel coût cette stratégie a-t-elle aujourd’hui ?

Quelle part de moi a besoin d’être développée ?

Quelle part de moi a besoin d’être apaisée ?

Quelle part de moi prend trop de place ?

Quelle part attend d’être réintégrée ?

La transformation intérieure commence souvent lorsque l’on cesse de se confondre avec une seule partie de soi.

“Je suis anxieux” devient “une partie de moi anticipe le danger”.

“Je suis contrôlant” devient “une partie de moi cherche de la sécurité par la maîtrise”.

“Je suis nul en émotion” devient “j’ai appris à privilégier l’analyse, et je peux développer un autre accès”.

Ce déplacement est thérapeutique. Il redonne de la marge.

Prudence clinique

Les typologies ne doivent jamais servir à contourner une difficulté sérieuse.

Une dépression n’est pas un type. Un trouble anxieux n’est pas un profil. Un trauma n’est pas un archétype. Un trouble neurodéveloppemental ne se résume pas à une préférence. Une crise suicidaire ne se traite pas par lecture de personnalité.

Les modèles de connaissance de soi peuvent accompagner, éclairer, soutenir un dialogue. Ils ne remplacent pas une évaluation professionnelle quand elle est nécessaire.

De même, le langage jungien doit rester symbolique et clinique, pas ésotérique imposé. Parler d’ombre, de persona ou d’archétype peut être puissant. Cela peut aussi devenir flou, suggestif ou culpabilisant si c’est mal utilisé.

Une bonne carte agrandit la liberté

Voici un critère simple : après avoir utilisé une typologie, est-ce que la personne se sent plus libre ou plus enfermée ?

Si elle se sent enfermée, le modèle a pris trop de place.

Si elle se sent plus libre, plus nuancée, plus responsable, plus capable d’observer ses automatismes, alors la carte a servi.

Un bon modèle ne dit pas : “Voilà ce que tu es.”

Il propose : “Voilà une manière possible de regarder ton fonctionnement. Qu’est-ce que cela éclaire ? Qu’est-ce que cela laisse dans l’ombre ? Qu’est-ce que tu veux développer maintenant ?”

Conclusion

Jung, les archétypes, le MBTI et Golden peuvent nourrir la connaissance de soi à condition d’être utilisés avec discernement.

Les archétypes offrent un langage symbolique pour explorer les grands motifs de l’expérience humaine. Les typologies donnent des repères pour parler de préférences, de stress, de communication, de décision et de relation. L’hypnose peut transformer ces cartes en expérience vécue, en aidant la personne à rencontrer ses parts, ses ressources et ses automatismes autrement.

Mais aucune carte ne doit remplacer le territoire. Vous n’êtes pas un type. Vous n’êtes pas un archétype. Vous êtes un système vivant, complexe, évolutif.

La connaissance de soi devient utile lorsqu’elle ouvre une possibilité : mieux se comprendre, mieux se respecter, mieux choisir, mieux relationner, mieux changer.

Sources

  • IAAP, “Volume 9.1: The Archetypes of the Collective Unconscious” : https://iaap.org/resources/academic-resources/collected-works-abstracts/volume-9-1-archetypes-collective-unconscious/
  • Jung, C. G., The Archetypes and the Collective Unconscious, référence Internet Archive : https://archive.org/details/archetypescollec0000jung
  • Woods, R. A., Hill, P. B., “Myers-Briggs Type Indicator”, NCBI Bookshelf, StatPearls : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK554596/
  • McCrae, R. R., Costa, P. T., “Reinterpreting the Myers-Briggs Type Indicator from the perspective of the five-factor model of personality”, Journal of Personality, 1989, PubMed : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/2709300/
  • Pittenger, D. J., “Cautionary comments regarding the Myers-Briggs Type Indicator”, Consulting Psychology Journal: Practice and Research, 2005 : https://doi.org/10.1037/1065-9293.57.3.210
  • Golden LLC, “The Golden Personality Profiler” : https://www.goldenllc.com/golden-personality-profiler-admin.php
  • Corpus interne : [[Corpus OCR – Captures Facebook]], thème 39 sur archétypes, Jung, MBTI/Golden et connaissance de soi.

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