Nous sommes tous biaisés, et même quand nous le savons, c’est difficile de faire avec … ou plutôt sans !
Nous aimons penser que nous observons la réalité telle qu’elle est, que nous analysons objectivement les situations et que nous prenons ensuite des décisions rationnelles.
En pratique, notre cerveau fonctionne autrement. Il sélectionne. Il simplifie. Il interprète. Il anticipe. Il complète les informations manquantes. Il cherche des repères connus.
Et parfois, il nous fait regarder la réalité à travers de véritables « lunettes déformantes ». C’est notamment ce que l’on appelle les biais cognitifs.
Ils influencent notre manière de comprendre une situation, d’interpréter le comportement des autres, de nous souvenir d’un événement, d’anticiper l’avenir ou encore de prendre une décision.
Le problème n’est pas d’avoir des biais cognitifs. Nous en avons tous.
Le véritable enjeu est de pouvoir les repérer lorsqu’ils deviennent trop rigides, trop automatiques ou qu’ils commencent à nourrir du stress, de l’évitement, de la perte de confiance ou des comportements qui ne nous conviennent plus.
Et c’est précisément là que le travail thérapeutique ou d’accompagnement peut devenir intéressant.
Pourquoi notre cerveau utilise-t-il des raccourcis ?
Notre cerveau reçoit en permanence une quantité considérable d’informations.
Il lui est impossible de tout analyser avec le même niveau d’attention.
Il doit donc aller vite, reconnaître des situations déjà rencontrées, anticiper ce qui pourrait arriver et prendre des décisions sans réexaminer chaque fois l’ensemble des paramètres. Il utilise pour cela des raccourcis mentaux, appelés notamment heuristiques en psychologie cognitive.
Ces mécanismes sont utiles. Sans eux, chaque décision pourrait nécessiter une analyse interminable.
Mais un raccourci n’est pas toujours exact. C’est là qu’apparaissent les biais cognitifs : notre cerveau produit une interprétation qui paraît cohérente, parfois même évidente, alors qu’elle n’est qu’une lecture possible de la situation.
Les travaux de Daniel Kahneman et Amos Tversky ont largement contribué à montrer que nos jugements et nos décisions ne suivent pas toujours une logique strictement rationnelle.
Daniel Kahneman a ensuite popularisé l’idée de deux grands modes de traitement :
- un fonctionnement rapide, automatique, intuitif ;
- un fonctionnement plus lent, plus analytique, plus coûteux en attention.
Dans de nombreuses situations quotidiennes, nous fonctionnons surtout avec le premier.
Ce qui explique pourquoi certaines pensées apparaissent avec une telle force qu’elles donnent l’impression d’être des faits.
Une pensée peut sembler vraie sans être exacte
C’est l’une des idées les plus importantes de l’accompagnement cognitif : une pensée n’est pas nécessairement un fait.
Nous pouvons penser quelque chose très fortement et nous tromper. Nous pouvons ressentir quelque chose très intensément et pourtant interpréter la situation de manière partielle. Nous pouvons être absolument convaincus que quelqu’un nous juge, qu’une situation va échouer ou qu’un problème est insurmontable, sans disposer d’éléments objectifs suffisants pour l’affirmer.
Et plus cette pensée est répétée, plus elle peut devenir familière. Plus elle devient familière, plus elle paraît vraie.
Le cerveau finit parfois par produire une boucle : pensée → émotion → sensation corporelle → comportement → confirmation apparente de la pensée.
C’est cette boucle que l’on cherche souvent à assouplir en accompagnement.
Six « lunettes déformantes » très fréquentes
1. Le tout ou rien
« Soit c’est parfait, soit c’est raté. »
Dans ce mode de pensée, il n’existe presque plus d’intermédiaire. Une présentation qui n’a pas été parfaite devient un échec.
Un écart dans un changement d’habitude devient la preuve que « je n’y arriverai jamais ». Une difficulté dans une relation devient « ça ne fonctionne pas ».
Le cerveau simplifie la réalité en deux catégories extrêmes. En accompagnement, on peut travailler à rouvrir les nuances.
Une question très simple peut déjà produire un effet : « Si vous deviez noter la situation de 0 à 10 plutôt qu’en réussite ou échec, où la placeriez-vous réellement ? »
Cela paraît élémentaire.nMais ce type de recadrage peut suffire à remettre de la souplesse là où la pensée s’était rigidifiée.
2. Le catastrophisme
« Le pire va forcément arriver. »
Une possibilité devient progressivement une probabilité. Puis une quasi-certitude.
Par exemple : « Et si je perds mes moyens pendant ma présentation ? »
devient : « Je vais bafouiller, tout le monde va le voir, on va penser que je suis incompétent, ça va être catastrophique. »
Le cerveau a construit tout un film à partir d’un événement qui n’a pas encore eu lieu.
Et il peut ensuite réagir émotionnellement à ce film comme si la scène était déjà réelle.
C’est un point essentiel. Le cerveau ne se contente pas d’avoir une pensée.
Il peut produire une expérience intérieure complète : images, sensations, tension corporelle, anticipation, accélération du rythme cardiaque. Et cette expérience devient ensuite la preuve supposée que le danger est réel.
3. La lecture de pensée
« Je sais ce que les autres pensent de moi. »
Une personne répond brièvement à un message.
« Elle est contrariée contre moi. »
Un responsable ne répond pas immédiatement.
« Il n’est pas satisfait de mon travail. »
Quelqu’un semble distrait pendant que nous parlons.
« Ce que je raconte ne l’intéresse pas. »
Le cerveau supporte mal les informations manquantes.
Il complète donc les blancs.
Le problème n’est pas qu’il fasse des hypothèses.
Le problème apparaît lorsque l’hypothèse devient une certitude.
En accompagnement, on peut alors distinguer clairement :
le fait : « Je n’ai pas reçu de réponse. »
l’interprétation : « Il est mécontent. »
la conséquence : stress, rumination, besoin de se justifier, évitement.
Cette séparation produit souvent une première prise de recul : « En fait, je ne sais pas ce qu’il pense. C’est moi qui complète l’information manquante. »
4. La prédiction négative
« Je sais que cela va mal se passer. »
Cette fois, le cerveau ne lit plus dans les pensées.
Il lit dans l’avenir.
« Je vais échouer. »
« Je ne vais pas réussir à parler. »
« Je ne pourrai jamais changer. »
Notre cerveau utilise évidemment le passé pour anticiper, c’est utile. Mais il peut aussi transformer une expérience antérieure en règle générale.
Or : ce qui s’est produit hier ne constitue pas une preuve de ce qui se produira demain.
Une question utile est alors : « Quels éléments soutiennent réellement cette prédiction ? Et quels éléments permettent d’envisager un scénario différent ? »
5. Le filtre négatif
Imaginez que vous receviez dix commentaires après une intervention. Neuf sont positifs. Un est négatif.
Lequel risque d’occuper votre esprit pendant le reste de la journée ?
Souvent le dixième.
Notre cerveau accorde facilement davantage de poids aux informations négatives, menaçantes ou problématiques.
Ce fonctionnement a évidemment une logique adaptative : détecter un danger potentiel est utile.
Mais il peut devenir déséquilibré.
L’objectif n’est pas de pratiquer artificiellement la « pensée positive ».
Il s’agit de restaurer une perception plus complète.
Oui, une chose s’est mal passée.
Mais :
quelles sont les neuf autres informations que le cerveau est en train d’oublier ?
6. La personnalisation
« C’est sûrement à cause de moi. »
Quelqu’un est de mauvaise humeur.
« J’ai dû faire quelque chose. »
Un collègue ne répond pas.
« Il m’en veut. »
Un proche semble distant.
« J’ai dû le blesser. »
Nous nous attribuons alors une responsabilité sans disposer nécessairement des éléments permettant de le faire.
Une technique très simple consiste à demander : « Quelles sont cinq autres explications possibles ? »
Le cerveau est alors obligé de rouvrir le champ des hypothèses. Et c’est souvent là que commence le changement.
En accompagnement : il ne suffit pas toujours de comprendre
C’est une distinction importante. Beaucoup de personnes comprennent parfaitement ce qui leur arrive.
Elles savent qu’elles catastrophisent. Elles savent qu’elles anticipent. Elles savent que leur peur n’est pas totalement rationnelle.
Et pourtant, elles continuent à ressentir exactement la même chose.
J’entends régulièrement des formulations de ce type :
« Je sais bien que ce n’est pas logique, mais c’est plus fort que moi. »
Cette phrase est particulièrement intéressante. Elle montre qu’il existe parfois un décalage entre ce que l’on comprend consciemment et ce que notre cerveau continue à produire automatiquement.
C’est précisément dans ce décalage que l’hypnose peut être particulièrement puissante.
L’hypnose : modifier l’expérience, pas seulement l’expliquer
L’hypnose permet d’aller plus loin que la simple compréhension intellectuelle.
Elle permet de travailler directement avec les représentations internes, l’attention, les sensations, les associations et les automatismes qui participent à l’expérience d’une difficulté.
Prenons quelqu’un qui redoute de parler en public.
La personne sait rationnellement qu’elle n’est pas en danger. Elle sait que son public n’est probablement pas hostile. Elle sait qu’elle a déjà réussi à prendre la parole auparavant.
Mais dès qu’elle imagine la situation, son corps réagit. Elle voit intérieurement la salle. Elle anticipe les regards. Elle imagine le silence. Elle ressent la gorge qui se serre.
À ce moment-là, le problème n’est plus seulement une pensée. C’est une expérience complète.
L’hypnose permet de modifier cette expérience intérieure.
On peut travailler sur la manière dont la scène est représentée, sur la focalisation de l’attention, sur la perception des sensations corporelles, sur la récupération de ressources ou encore sur la possibilité de vivre mentalement la situation d’une manière différente.
Et lorsque cette représentation interne change, la réponse émotionnelle et comportementale peut changer elle aussi.
C’est toute la force de cet outil. L’hypnose ne consiste pas uniquement à « se détendre ». Elle permet de créer des conditions particulières de travail dans lesquelles certains automatismes deviennent plus accessibles et plus modifiables.
Dans de nombreuses situations, le changement devient possible précisément parce que l’on ne cherche plus seulement à convaincre le cerveau, mais à lui faire expérimenter autre chose.
Prenons une situation fréquente.
Un exemple d’accompagnement
Une personne doit passer un entretien professionnel. Elle vient consulter car elle perd ses moyens à l’oral.
Dès qu’elle pense à l’entretien, elle se dit : « Je vais bloquer. »
Puis : « Ils vont voir que je suis stressé. »
Puis : « Ils vont penser que je ne suis pas compétent. »
On retrouve immédiatement plusieurs biais :
- prédiction négative ;
- lecture de pensée ;
- catastrophisme.
Le travail peut commencer par une mise à plat cognitive.
Quels sont les faits ? Qu’est-ce qui relève de l’interprétation ? Qu’est-ce qui relève de l’anticipation ?
Mais le travail ne s’arrête pas là.
Avec l’hypnose, on peut ensuite travailler directement sur la représentation mentale de l’entretien.
La personne peut apprendre à se représenter la situation autrement, à retrouver une sensation de stabilité, à mobiliser des expériences de réussite, à modifier la perception de la salle, des interlocuteurs et de ses propres réactions.
Le but n’est pas de supprimer toute émotion. Le but est que l’émotion ne gouverne plus entièrement le comportement.
Et c’est une différence considérable.
J’utilise également des outils issus de la PNL, notamment les techniques de recadrage.
Le principe est assez simple : un événement n’a pas nécessairement un sens unique…
Le recadrage en PNL : changer le cadre change l’expérience
Nous pouvons modifier le cadre à travers lequel nous l’interprétons.
Une personne dit par exemple : « J’ai encore échoué. »
On peut demander : « Qu’est-ce qui vous permet de dire qu’il s’agit d’un échec ? »
Ou : « Qu’est-ce que cette expérience vous apprend ? »
Ou encore : « Si vous comparez la situation à celle d’il y a six mois plutôt qu’à votre objectif idéal, qu’est-ce qui a déjà changé ? »
Le recadrage ne cherche pas à nier la difficulté.
Il modifie la manière dont elle est organisée mentalement.
Et parfois, ce changement de cadre modifie immédiatement l’émotion associée.
Une personne qui se disait : « J’ai encore échoué. »
peut commencer à percevoir : « En réalité, j’ai déjà réussi quatre fois et cette fois-ci, quelque chose a été plus difficile. »
Le fait n’a pas changé. Mais l’expérience, elle, peut changer profondément.
J’utilise également des outils issus de l’Approche Neurocognitive et Comportementale, notamment autour de la notion de gouvernance cérébrale.
Cette approche permet de comprendre que nous ne fonctionnons pas toujours avec le même mode mental.
L’approche neurocognitive : comprendre qui « gouverne »
Dans certaines situations, nous sommes capables d’explorer, de relativiser, de prendre du recul et de nous adapter.
Dans d’autres, nous basculons vers des fonctionnements beaucoup plus automatiques, rigides ou défensifs.
C’est particulièrement visible face au stress, à l’incertitude ou au changement.
Prenons quelqu’un qui envisage une reconversion professionnelle.
Sa pensée est : « Je n’ai jamais fait ça, donc je ne vais pas y arriver. »
On peut bien sûr travailler sur le contenu de cette pensée.
Mais on peut aussi observer le mode de fonctionnement qui la produit.
Le cerveau cherche ici à obtenir une certitude à partir d’une situation nouvelle. Or une situation nouvelle ne peut, par définition, pas offrir toutes les garanties d’une situation déjà connue.
La prise de conscience devient alors : « Mon problème n’est peut-être pas que je suis incapable. Peut-être que mon cerveau supporte mal de ne pas savoir. »
Ce déplacement est souvent extrêmement intéressant. On ne lutte plus directement contre la pensée. On comprend le mécanisme qui la produit.
Et cette compréhension permet parfois de basculer vers un fonctionnement plus souple, plus adaptatif et plus ouvert.
Plusieurs outils, un même objectif : retrouver du choix
Mon accompagnement ne repose pas sur une technique unique.
Selon la situation, la personne et l’objectif, je peux travailler avec :
- l’hypnose ;
- les outils cognitifs ;
- les recadrages issus de la PNL ;
- l’Approche et la Thérapie Neurocognitive et Comportementale ;
- la thérapie brève ;
- des exercices d’observation et de mise en situation.
Ces outils n’ont pas tous la même logique ni la même origine théorique.
Mais ils peuvent converger vers un même objectif : retrouver de la souplesse là où un automatisme est devenu trop rigide.
C’est souvent ce qui manque lorsqu’une difficulté s’installe. Le cerveau ne voit plus qu’une seule possibilité.
Une seule interprétation. Une seule réaction. Une seule issue.
L’accompagnement permet alors de rouvrir le champ des possibles.
« Je pensais que c’était moi le problème »
Dans les accompagnements, l’une des prises de conscience les plus intéressantes arrive souvent lorsqu’une personne comprend qu’elle n’est pas « son » automatisme.
Elle peut avoir une réaction sans être cette réaction.
Elle peut avoir une pensée sans être cette pensée.
Elle peut avoir peur sans être condamnée à éviter.
Elle peut ressentir du stress sans être obligée d’obéir à ce stress.
C’est un déplacement important.
On passe de : « Je suis comme ça. » à : « Mon cerveau produit cette réaction dans cette situation. »
Et à partir du moment où l’on perçoit un mécanisme, on peut commencer à agir dessus.
Une petite expérience à essayer
La prochaine fois qu’une pensée forte apparaît, essayez de vous poser trois questions :
1. Quel est le fait ?
2. Quelle est mon interprétation ?
3. Quelles autres interprétations sont possibles ?
Puis ajoutez une quatrième question :
« Qu’est-ce que mon cerveau essaie de faire pour moi à cet instant ? »
Se protéger ?
Anticiper ?
Éviter une erreur ?
Garder le contrôle ?
Éviter une situation inconnue ?
Cette dernière question permet souvent de regarder son fonctionnement avec plus de recul.
Pour les curieux : le Cognitive Bias Codex
Le Cognitive Bias Codex propose une représentation visuelle de plus de 180 biais cognitifs décrits dans la littérature.

Il permet de visualiser à quel point nos perceptions, nos souvenirs, nos jugements et nos décisions sont influencés par des mécanismes automatiques.
Autrement dit : notre cerveau adore prendre des raccourcis.
Et c’est parfaitement normal.
La question intéressante devient alors : quand ces raccourcis nous sont-ils utiles, et quand commencent-ils à nous limiter ?
Pour aller plus loin : conférence sur le cerveau et la prise de décision
Ces questions seront également au cœur de la conférence que j’animerai le 14 septembre à 19 h autour du fonctionnement de notre cerveau.

Comment sélectionnons-nous l’information ? Pourquoi notre attention peut-elle nous tromper ? Pourquoi certaines informations influencent-elles davantage nos choix ? Comment notre cerveau fabrique-t-il une impression de certitude ?
Et surtout : sommes-nous aussi rationnels que nous aimons le croire lorsque nous prenons une décision ?
Nous partirons de situations quotidiennes, de mécanismes cognitifs et d’expériences simples pour comprendre comment notre cerveau construit notre perception et influence nos choix.
Et comment, en comprenant mieux ces mécanismes, nous pouvons retrouver davantage de liberté dans notre manière de réagir.
En résumé
Comme une image vaut souvent bien plus que de longs discours, voici une petite infographie que j’ai réalisée pour mes clients … peut-être vous sera-t’elle utile ?
